DNAT – 2008

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Mon projet de diplôme découle de deux ateliers menés au cours de l’année. Ces travaux m’ont permis d’interroger la perception des images véhiculées dans l’espace urbain, leur lisibilité, ainsi que leur capacité à faire passer pour vrai ce qui ne l’est pas. En effet, les images publicitaires sont très «banalement» sublimées, triturées, transformées. Elles se veulent être le reflet d’une vérité, le modèle d’identification de monsieur ou madame tout le monde tout en employant une esthétique qui s’éloigne de la réalité. Si l’on ajoute à cette «tromperie» le plaisir que le spectateur/consommateur a d’être trompé, alors il devient facile de jouer avec notre perception, notre raison, de détruire toute réalité, de se jouer du «regardeur».

Le corps a longtemps, dans l’histoire, été désacralisé, dévalorisé au profit de l’âme. Il a été «redécouvert» par notre société contemporaine au point qu’aujourd’hui, il lui est livré un véritable culte. Ce phénomène s’est observé en même temps que la libération sexuelle et notamment celle de la femme. Néanmoins, c’est cette même libération qui a fini par assujettir le corps à de nouvelles conditions ; celle de l’objet et celle de l’image. Le corps et sa beauté sont désormais considérés comme un capital, une valeur d’échange. Il n’est donc pas étonnant que les publicitaires se soient accaparés son image pour promouvoir un produit, le confondre avec le rêve. La course à la beauté et à la minceur a nourrit un mythe de perfection du corps. Libéré de ces vieux démons, qui dénigraient la matière au profit de l’esprit, le corps n’a pas réussi à échapper au rang d’objet. Il est à présent enchaîné à des carcans de beauté dictés par la mode et les mass médias.Les lieux de diffusion de l’imagerie publicitaire sont choisis avec soin et répondent à des études marketing qui tentent de déterminer leurs «cibles» autrement dit, leurs types de consommateurs. Cette diffusion s’apparente à du matraquage pour marquer les esprits. C’est pourquoi j’ai choisi le support publicitaire urbain comme espace d’exposition de mes images. Ces dernières s’orchestrent d’une part, autour d’un travail d’interaction entre le corps et son lieu de «captivité» et d’autre part, elles tentent de mettre en exergue les violences réelles ou virtuelles infligées au corps dans le but de recréer une esthétique séduisante. L’objectif étant de pousser le spectateur à se montrer plus attentif à ce qui se présente à lui.

Le mobilier urbain se prête donc idéalement à cette démarche car il s’impose à nous sans que nous le souhaitions vraiment. Par conséquent, les annonces qu’il diffuse ne sont pas toujours observées avec attention. Les panneaux publicitaires défilent sous nos yeux sans que nous ne prenions le temps d’en déchiffrer tous les codes, toutes les informations. Ainsi j’ai réalisé des images qui existent entre fiction et réalité de sorte qu’elles nécessitent plusieurs lectures ou néanmoins un temps d’observation. Je souhaite susciter l’interrogation du spectateur sur plusieurs points. Le premier ; l’inciter à se questionner sur l’intérêt et le rôle des ses images qui ne proposent rien à vendre, qui s’apparente à de la publicité sans en être. Dans un deuxième temps, je souhaite qu’il se laisse séduire par ce qui se présente à lui pour qu’ après relecture, il prenne conscience de la supercherie, des trucages, des défauts de réalité, des illusions d’optique ou des formes non référentielles au corps humain qui se dissimulent dans ces images.
Cette volonté de tromper par l’image est née du plaisir que j’éprouve en les truquant, mais aussi du fait que je fais moi-même partie de ces personnes qui se font tromper par ces images si réelles en apparence mais qui ne le sont pas tout à fait. Quant à la démarche que j’ai entreprise pour ce projet de diplôme, elle est due à ma découverte d’un concept publicitaire atypique: «la guérilla marketing». Ce terme a été inventé en 1984 par Jay Conrad Levinson pour désigner une forme de marketing non-conformiste à petit budget, mais il décrit également les méthodes agressives et non conventionnelles de marketing où la «cible» fait «vivre» la publicité par son interaction avec cette dernière. Par la suite, je me suis intéressée aux publicités capables de promouvoir une marque sans en présenter le produit. La campagne menée de 1984 à 2000 par Oliviero Toscani pour la marque Benetton illustre bien cette idée. En effet, les affiches publicitaires réalisées n’ont plus de lien avec le produit lui-même. Elles deviennent des méthodes de communication sur des sujets tels que la peine de mort, le sida, le racisme… Ce sont ces recherches et références qui m’ont conduites à investir l’espace publicitaire en le faisant interagir avec la représentation du corps, afin de démontrer que ce dernier reste aujourd’hui «le plus bel objet de consommation». Sa beauté, son érotisme, son analogie à l’hygiène, voilà ce qui fait vendre. Il est le véhicule de messages, de modes et par conséquent, il en est devenu la première victime.

N’ayant rien à vendre, à promouvoir, si ce n’est une possibilité de réflexion sur la fonction du corps dans la publicité, et l’influence que le support peut avoir sur lui, c’est une exposition photographique en un lieu non conventionnel que je propose aux citadins. Cette exposition s’intitule «Corps supposé». Les images réalisées flirtent avec la réalité, elles sont «supposées» être le reflet d’une vérité, alors qu’elles ne sont que fiction, tromperie…
Mon projet de diplôme se présente sous la forme de photomontages, où le corps tient le premier rôle. Inspirées de l’esthétique employée par l’imagerie publicitaire où le corps est sublimé, ces photographies ont donc subit des retouches nécessaires(lissage de la peau, remodelage du corps…), mais j’ai aussi souhaité intégrer une part de fiction dans certaines d’entre elles. Autrement dit, j’ai également effectué un travail de retouche ou plutôt de truquage visant à nourrir une certaine forme d’ambiguïté entre la représentation du corps supposée réelle, et la réalité elle-même. Le corps est ici soit malmené, soit mutant ou captif de son espace de diffusion, dans l’intention de traduire visuellement toutes les violences et les manipulations qui lui sont infligées souvent contre sa volonté. L’installation de ces images au sein d’espaces urbains a été réalisée sous forme de simulation, par montage.
L’ objectif est de créer une exposition, hors les murs du musée ou de la galerie afin d’être perçue de tous. Je me suis intéressée aux moyens de communication de cet événement. Les informations relatives à ce dernier ont donc été déclinées sous différentes formes (flyers, appliques sur les véols, drapeaux événementiels déjà présents dans la ville, soubocks…), excluant celle de l’affiche puisque c’est précisément ce dont est composée l’exposition. J’ai également utilisé les transports en commun comme support de communication afin d’atteindre les automobilistes et rendre l’information mobile à travers le ville.
Un petit catalogue a également été conçu sous la forme d’un dépliant s’apparentant à une carte routière, ou encore un guide touristique. Ce document contient les informations nécessaires à la localisation des images au sein de la ville ainsi qu’une reproduction miniature des ces dernières afin qu’elles soient reconnues. Intégralement
déplié, ce guide se transforme en affiche au format 60x80cm.


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